Note 1 sur la carte

L’énigme de la trappe
La meunière nous amène juste devant une lourde trappe en bois vermoulu enchâssée dans le sol. En observant l’ajustement parfait des madriers, un détail me chiffonne : la femme nous a dépeint ces rats comme de véritables monstres géants. J’ai beau réfléchir, je ne vois absolument pas comment des rongeurs d’une telle taille auraient pu pénétrer dans ce souterrain par cet orifice scellé.
— Mettez-vous à l’abri, gente dame, lance Borin en se redressant de toute sa hauteur de nain, l’air aussi grave que s’il partait libérer une citadelle. Je suis un Gardien, il est de mon devoir de vous protéger de ces monstres.
La meunière s’empresse de s’éloigner tandis que le battant s’ouvre dans un grincement sinistre. Les premiers rayons de la lumière extérieure éclairent les marches du souterrain, constellées de graines de blé. Nous descendons avec précaution pour éviter d’effectuer une glissade peu glorieuse.
Une généreuse contribution
Arrivé dans une première pièce comportant une armoire et une porte verrouillée, j’attrape une torche au mur et l’allume.
Alors que j’avance la main vers la porte du mobilier, des pas rapides résonnent dans l’escalier. C’est la fille de notre hôte, essoufflée, qui nous tend un gourdin usé et une petite fiole contenant un liquide aux étranges reflets.
— Maman vous passe ce bout de bois…, souffle-t-elle, et cette substance pour reprendre de la vigueur. C’est du Liloudou.
Borin s’empare de la massue improvisée sans se défaire de son stoïcisme, pendant que je fouille le meuble. J’y découvre une masse d’armes en parfait état accompagnée d’un petit sachet de pièces d’or. Je la tends au nain, mais celui-ci secoue la tête avec dépit : faute d’entraînement avec ce type d’équilibrage, la masse finit directement au fond de son sac.
Premier sang dans les couloirs
Sans plus attendre, Borin pousse la porte du couloir. Il se retrouve immédiatement nez à nez avec deux rats géants mesurant au bas mot 80 centimètres au garrot ! Ce ne sont pas de simples nuisibles : leurs yeux brillent d’une lueur vicieuse et trop consciente pour de simples bêtes.
— Lira, attention, ils sont énormes ! s’écrie-t-il en me gratifiant au passage de ce surnom improvisé. Mais comment ont-ils pu pénétrer dans ce couloir ?
Bondissant en avant avec une agilité surprenante pour sa carrure, le Gardien abat son gourdin de toutes ses forces sur le premier rat. Le crâne du rongeur éclate net. Rudimentaire, mais redoutablement efficace.
L’attaque par surprise
En voulant m’avancer pour lui prêter main-forte, mon pied bute sur une bouteille d’hydromel calée au bas de l’armoire. Je la ramasse et la glisse en vitesse dans mon paquetage. Un froissement d’air derrière moi m’avertit trop tard du danger : le second rat a profité de ma distraction ! Dans un réflexe désespéré, je dresse mon avant-bras en bouclier. Le molosse me plante ses crocs acérés à travers le tissu, déchirant ma chair. La douleur me lance, mais de ma main libre, je tente de le saisir à la gorge pour me dégager.

Avant que j’aie pu faire le moindre mouvement, un courant d’air froid glisse sur mon visage. Le gourdin de Borin passe à quelques centimètres de mon crâne, frôlant l’arête de mon nez et vient s’écraser avec un bruit sourd dans la cage thoracique du rongeur. La bête s’effondre, immobile.
— Il m’a mordu, mon bras saigne ! dis-je en serrant ma plaie. Tu as de l’alcool pour désinfecter ?
Borin me décoche un regard profondément ahuri.
— De l’alcool ? Mais si j’en avais, je serais en train de le boire, tu penses bien ! Quelle idée étrange…
La trouvaille dans le coude du couloir
Le couloir s’enfonce plus loin en formant un coude. Dans l’angle se dresse un vieux tonneau poussiéreux. Pendant que mon compagnon surveille les environs, je prends le temps d’en vider le contenu : une pièce d’or, une nouvelle bouteille d’hydromel — que je m’empresse de tendre à mon Gardien préféré pour « plus tard » — et une rune céleste permettant de franchir les obstacles sans encombre. Je manipule ce réceptacle magique avec le plus grand soin avant de le ranger.
Une faible lueur violette semble contenue dans le petit périmètre formant un cul de sac au fond de la galerie. Une aura magique résiduelle et anormale.
Assaut furtif
Devant nous, une dernière porte fermée laisse filtrer des couinements étouffés. Je me penche pour étudier la serrure afin de faire le moins de bruit possible.
Grâce à notre approche furtive et à mon entraînement, nous prenons l’avantage. La pièce abrite une grande table centrale, un coffre contre le mur du fond, et trois rats géants qui patrouillent avec une discipline presque militaire. Borin s’infiltre sans un bruit derrière le premier, son gourdin levé au-dessus de la tête.
De mon côté, je canalise mon énergie et murmure l’incantation d’un sortilège de pierre. La terre sous le deuxième rat se fracture net : une fine stalagmite jaillit du sol et l’empale sur le coup. Borin ayant exécuté le sien d’un unique coup de massue mortel, il ne reste plus qu’un seul adversaire.

Une intelligence troublante
Mais ce dernier ne panique pas. Il s’arrête, nous jauge, hésite quelques secondes et semble analyser la situation avec une intelligence troublante avant de prendre sa décision. Pris en étau, il tente une ultime attaque et manque de peu de déchiqueter la jambe du nain. Je me précipite pour immobiliser le monstre au sol, laissant à Borin le soin d’éliminer notre dernier ennemi.
Le secret de la lueur violette
Le silence revient enfin dans les souterrains. Nous prenons le temps de passer la pièce au peigne fin. Parmi les débris du combat et la paille sale jonchant le sol, nous dénichons de l’herbe à pipe et un peu d’or. Dans le fond, la vieille malle s’ouvre dans un craquement sec, révélant deux tenues de voyageurs ainsi qu’une bourse de pièces.
Nous remplaçons nos habits déchirés par ces vêtements de cuir et de toile robuste, nettement plus adaptés à l’exploration souterraine. Mais avant de remonter, nous prenons le temps d’examiner attentivement cette zone teintée d’une pulsation violette. Cette énergie corrompue n’a rien de naturel : elle n’est pas seulement la cause de la mutation et de l’agressivité soudaine de ces rongeurs, mais elle constitue la raison même de leur présence en ce lieu, les ayant attirés depuis les profondeurs jusque dans ce souterrain scellé.
En route pour Orival
De retour à la surface, la meunière nous accueille avec des retrouvailles dignes des héros des légendes d’antan. Dans la cour du moulin, un marchand ambulant attend notre passage ; nous en profitons pour lui acheter une solide cape de voyageur.
En observant la carte de la région, nous situons parfaitement le moulin dans cette vallée au sud d’Orival. Il est temps de reprendre la route vers le nord. Après trois bonnes heures de marche sous une brise fraîche, la silhouette d’Orival se dessine enfin. L’estomac dans les talons, nous poussons la porte de l’auberge locale. Ce soir, l’heure n’est plus au combat, mais à un repas gargantuesque bien mérité.
À suivre : Chapitre 2 – La crypte d’Orival (note 2 sur la carte en haut de l’article)

2 commentaires
Super ! Hâte de lire la suite !
Un grand merci à toi, Guilien ! La suite de la saga sortira de la forge au tout début de la semaine prochaine (sans doute dès ce lundi).
Recevoir un tel message donne un sacré bonus de motivation.
Je gratte le parchemin, la guilde lit… mais quand un aventurier prend le temps d’échanger au feu de camp, même pour deux mots, c’est là que ma quête prend tout son sens !