BÔKEN – CHAPITRE 4 : L’Arbre Sacré, l’Épreuve du Feu et la Gloire de Heurtebise

Le géant de bois et le chant des arcanes

Au bas de la dernière colline, à la sortie d’une petite forêt, les fourrées s’écartent brusquement pour laisser place à un spectacle colossal. Devant nous se dresse un arbre majestueux, d’une taille à faire passer plusieurs géants et ogres réunis pour de simples fétus de paille : l’arbre YOYO.

En le voyant, une certitude s’impose à Edel. 

« Bast, tais-toi et regarde », me répond-elle d’un ton sans réplique.

Elle tire de sa sacoche en cuir râpé la flûte en bois sombre offerte par le légendaire Ono. Rappelez-vous : cet instrument miraculeux capable d’apaiser la faune sauvage ! Ma sœur avait posé sur cet artefact un regard si intense et si plein d’envie que je m’étais empressé de lui donner. Et elle avait bien raison : Ono lui-même nous avait conseillé de chercher un arbre millénaire pour révéler la vraie magie de l’instrument.

Edel porte la flûte à ses lèvres et commence à jouer une étrange mélodie. Les notes ondulent dans l’air saturé de magie. Sous nos yeux ébahis, le végétal réagit : au bout d’une branche massive, l’écorce se tord et se sculpte pour donner naissance à un nouvel instrument, semblable à la flûte d’Ono, mais gravé de signes magiques bien plus complexes.

« Avec cette flûte, même les animaux les plus féroces ne pourront résister », murmure une voix qui semble émaner du feuillage. 

Edel s’empare de l’instrument végétal avec la fierté d’un archimage qui vient de réussir son plus grand sortilège. De mon côté, furetant dans les environs au lieu de méditer sur la grandeur de la nature, je déniche un intriguant morceau d’argile au sol. Il porte l’empreinte très nette d’un sabot. Sentant que cet objet aura son utilité plus tard, je l’enfonce au fond de mon sac. Pendant ce temps, Edel déniche une graine de mana scintillante au pied du colosse. Une récolte inattendue !

Le Gobicorn et la logique de l’acier

Il ne reste plus qu’une dernière zone boisée à franchir avant d’atteindre le village posté aux portes du grand désert. Mais le terrible destin aime garnir nos sentiers d’obstacles saugrenus.

Une créature bizarre surgit d’un buisson, nous barrant fièrement le passage. On dirait un gobelin trapu, mais affublé de deux grandes cornes tordues sur le crâne. Le « Gobicorn », comme il s’intitule lui-même, croise les bras et exige un droit de passage d’un ton légèrement suffisant.

« Laisse-moi faire, Bast », murmure Edel en portant déjà sa nouvelle flûte à ses lèvres. « Je vais essayer de jouer une mélodie lancinante pour l’apaiser »

Sauf que l’adrénaline me monte aux tempes. Vous me connaissez : après avoir peiné sous le poids de ma double hache, j’ai une sainte horreur des bavards à cornes qui réclament nos derniers gelos récoltés à la sueur de nos combats. L’énergie naissante décuple ma force. Dans un grand rugissement, je me jette en avant et abat ma lame. Le tranchant d’acier sépare le crâne du Gobicorn en deux parties d’une égalité géométrique parfaite.

Edel s’arrête de jouer, le bec de sa flûte encore à quelques millimètres des lèvres, et contemple le désastre. — « Bast… j’avais commencé à jouer pour le calmer ! »

« Écoute Edel, c’est physiologiquement impossible d’apprivoiser un cadavre. On gagne du temps ! »

Escale à Turo et mystères au fond du puits

Nous arrivons enfin au village de Turo où un soleil de plomb cogne sans merci.

À peine avons-nous fait quelques pas qu’un jeune homme cherche désespérément notre regard avant de se précipiter vers nous. 

« Vous pouvez m’aider à retrouver l’alliance que je dois offrir à ma future épouse ? » nous supplie-t-il, les yeux pleins de détresse. « Elle est tombée dans le lac ! Je pensais acheter une canne à pêche pour essayer de l’attraper avec un hameçon au fond de l’eau, mais je ne suis pas très adroit et je peux passer des jours pour ne jamais rien trouver à mon avis ! »

Nous acquiesçons et filons vers la boutique du coin. Mon sang de pêcheur ne fait qu’un tour : nous dénichons l’équipement requis, mais nos yeux se posent surtout sur un artefact fascinant en étalage. Une orbe magique d’une valeur inestimable, censée effacer instantanément toute trace de combat et de fatigue. Malgré nos finances toujours chancelantes, la prudence nous pousse à l’acheter.

En parcourant les ruelles, nous écoutons les rumeurs locales. Les gens parlent beaucoup des bienfaits de la mythique fleur de Latar (cette plante si chère à la botaniste Hana) et d’un grand tournoi imminent organisé au château par la reine Léonie. 

« Je ne vois pas trop le rapport entre la fleur et le tournoi, me glisse Edel, mais aller au château une fois nos affaires réglées devient une évidence.  »

« Le seul problème, c’est ce maudit désert de Turo qu’il va falloir traverser, j’ajoute en grimaçant. »

Avant de quitter le village pour rejoindre les rives du lac, nous passons à côté d’un vieux puits en pierre. En me penchant, j’aperçois un coffre brillant tout au fond ! 

« On a vraiment besoin d’or pour nous équiper, je murmure, ma main reposant déjà sur le rebord. »

« Bast, me dit Edel. Si de la richesse est laissée à la portée de n’importe qui en plein milieu d’un village, soit c’est déjà vide, soit c’est un piège. Rappelle-toi le coffre mystérieux de la grotte d’Ootoro qu’on a dû abandonner faute de clé ! »

Je soupire, reconnaissant une fois de plus la sagesse surfaite de ma sœur, et nous reprenons notre route.

Le match retour : Le Dragon de Heurtebise

Au lieu d’aller directement à la pêche à l’alliance, une dette de sang et d’honneur nous appelle. Il est temps de tester nos nouvelles capacités sur le monstre qui hante nos nuits : le dragon brûleur de champs de blé ! Souvenez-vous : lors de notre première rencontre, la créature titanesque nous avait flanqué une trouille bleue, nous réduisant à la fuite et nous forçant à promettre au chef Achille que nous reviendrions une fois plus fort !

Petit détour par Heurtebise. Halte rapide à l’auberge : un bon repas chaud, des soins attentifs et une nuit réparatrice dans un vrai lit nous remettent d’aplomb.

Au matin, nous filons vers les plantations. Notre ennemi volant est pile en train de cracher ses jets de flammes sur les cultures qui devaient être récoltées. Il a coincé un pauvre veau au sol pour lui servir de repas.

« C’est maintenant ! » j’hurle.

Profitant de son inattention, je charge avec l’aide des arcanes et décoche une attaque surpuissante de ma double hache. Au même moment, Edel canalise sa fureur et invoque l’une des plus grosses boules de feu qu’elle ait jamais projetées de sa vie ! Les explosions impactent de plein fouet le monstre. Les marques de nos attaques sont bien visibles sur ses flancs… mais cela n’entame en rien la volonté du dragon ! Dans un rugissement terrifiant, il tourne son long cou vers nous, bien décidé à nous faire griller en enfer.

Un brasier infernal m’entoure ! La douleur des brûlures est insupportable, et pour couronner le tout, les gouttes de sa salive ont des propriétés acides féroces ! Je tente d’attraper une potion et un parchemin dans mon sac, mais la puissance de son souffle déchire la toile de mon armure et envoie mes précieux écrits voler hors de portée !

Dans l’urgence, je dégaine une pierre de mana et l’écrase pour retrouver une puissance totale. Edel fait diversion, occupant l’attention du reptile pour me laisser un répit. Les ailes et le cou du dragon sont en partie calcinés, mais il résiste encore et décoche un violent coup de griffe à Edel. Pire : à chaque coup qu’il donne, le monstre semble régénérer ses blessures !

On ne touche pas à ma sœur ! j’enrage, m’imprégnant de la même colère pure qui m’avait fait découper le Plumeroc dans les plaines.

Je me jette dans la mêlée avec toute ma rage et ma haine. Le résultat est sans appel : l’acier reste le principal ennemi de ce monstre. Ma hache mord profondément dans sa chair. Je me concentre immédiatement pour tenter de réitérer cet exploit. De son côté, Edel recharge son mana, s’apercevant que son bâton manque encore de puissance brute pour entamer le cuir et passer entre les écailles de la bête.

Soudain, le dragon se dresse de toute sa hauteur sur ses pattes arrière et abat ses serres ! L’impact nous balaie tous les deux à la ronde. Nous mordons la poussière, dans un sale état, recouverts de sang, de bave et de boue.

Je me relève péniblement et tente un nouveau coup. Il n’a pas la puissance du précédent, mais Edel réagit à une vitesse folle : elle enrobe notre ennemi d’une couche de magie incandescente ! Le dragon se fige. Il reste immobile une seconde, comme pétrifié… puis s’affaisse de tout son poids sur le côté, s’écrasant directement sur nous !

La masse titanesque nous écrase littéralement. Je sens mes os craquer, la fin est proche… C’est alors que l’orbe magique achetée le matin même à Turo se déclenche, diffusant une onde curative qui me remet instantanément sur pieds ! Extirpé de dessous la carcasse, je n’ai plus qu’à achever l’ennemi ailé à qui il ne restait qu’un ultime filet de vie.

Je fouille précipitamment les débris du champ à la recherche de mon parchemin de méditation envolé. Une fois retrouvé, je l’utilise pour insuffler l’énergie vitale à Edel et lui faire boire une potion pour qu’elle se relève enfin.

Triomphe et révélations

Le retour vers Heurtebise est long et douloureux. Chaque pas est une torture, chaque blessure cuit et saigne au moindre effort. Mais l’accueil des villageois et du chef Achille efface toutes nos souffrances : ils nous portent en triomphe ! Pour nous remercier d’avoir sauvé leurs récoltes et vengé le village, ils nous couvrent de cadeaux, de gelos et de fioles diverses.

De retour à l’auberge, le repos fait son œuvre. L’impression de vigueur renaît dans nos veines, et nous ressentons une fois de plus cette fameuse connexion, cette montée en puissance que nous avions déjà connue après nos premiers combats.

À mon réveil, mon esprit s’est éclairci : je me sens désormais capable d’imaginer des attaques dévastatrices à base d’ondes de chocs avec ma double hache ! Edel, quant à elle, a appris à canaliser son attention dans un mode de vigilance exceptionnel.

« Eh bien, petite sœur, dis-je en ajustant les sangles de mon armure, il est temps d’aller tester nos nouvelles compétences. »

« Direction le lac Maho, sourit Edel en faisant tourner son bâton. Cette alliance ne va pas se repêcher toute seule ! »

Le Grimoire des Tables de Légende vous donne rendez-vous pour le Chapitre 5 ! Bast et Edel réussiront-ils à retrouver l’alliance perdue dans les profondeurs du lac ? Quels mystères les attendent dans le grand désert de Turo ? La suite de nos aventures arrive bientôt !

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2 commentaires

    1. Un grand merci à toi ! Pour tout te dire, ce n’est absolument pas un travail pour moi mais une vraie passion. Je ne suis pas du tout un influenceur et je ne touche aucune rémunération des éditeurs : tout ce que j’écris est totalement gratuit ! La seule chose que je fais, c’est raconter mon récit quand un éditeur ou un auteur me confie son jeu, avec l’espoir que le côté ludique donne envie de lire.

      Mais honnêtement, le plus beau, c’est de recevoir un petit mot comme le tien. Savoir qu’il y a un vrai lecteur derrière l’écran, c’est la plus belle des récompenses !

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