BÔKEN – CHAPITRE 1 : L’Appel de Lanoth 

Un mot sur le jeu et mon Grimoire

Bôken (冒険) est un hommage vibrant aux grands JRPG sur console des années 80 et 90. Conçu pour être joué en solo ou en coopération, ce jeu de plateau en campagne propose de vivre une grande aventure textuelle et tactique d’une trentaine d’heures. Au cœur de son expérience se trouve le concept unique de son livret de quêtes narratives : un système scénarisé et numéroté où les secrets, les rumeurs et les rencontres ne se dévoilent qu’au moment opportun, ouvrant le monde case après case.

C’est là que mon site, Le Grimoire des Tables de Légende, prend le relais. Ma démarche est de faire le pont entre l’aventure brute vécue sur les plateaux de jeu et le récit littéraire. À travers mes écrits, je transforme les mécaniques de jeu, les lancers de dés et les choix tactiques en véritables chroniques romancées. Ce grimoire numérique est mon espace de création pour donner une seconde vie à nos exploits ludiques et partager le souffle de l’aventure, de la table jusqu’à vos écrans.

Avertissement aux Joueurs-Lecteurs

Chers lecteurs, les lignes qui suivent s’inspirent directement de sessions de jeu réelles. Par conséquent, ce récit va inévitablement dévoiler une partie des mécanismes, des rencontres et des quêtes du jeu. Cependant, gardez à l’esprit qu’il s’agit d’une aventure parmi tant d’autres. En tant que joueur, vous êtes libre de lire ce récit au rythme de votre propre progression pour comparer vos exploits aux nôtres, ou de le parcourir pour découvrir l’ambiance de Bôken. Face aux mêmes situations, vous ferez sans doute des choix différents, vous achèterez d’autres équipements, et vous écrirez ainsi votre propre légende !

Prologue : Forgés dans le même moule (ou presque)

Avant de pouvoir enfin fouler les hautes herbes du royaume de Lanoth, il a bien fallu apprendre à tenir une arme et à canaliser les arcanes. Cet apprentissage, on le doit à Herman, notre maître, notre enseignant et notre père spirituel. Le pauvre a passé des années à tenter de canaliser notre dualité.

Moi, c’est Bast. Si je devais me décrire, je dirais que je suis un guerrier fougueux, loyal, passionné, et doté d’un enthousiasme débordant. Edel dit plutôt que je suis terriblement têtu, impulsif et épuisant. Elle exagère, comme toujours. C’est vrai, je ne marche pas, je charge. Et alors ? Quand je m’entraîne à l’épée jusqu’à m’en décrocher l’épaule, c’est juste que je prends les choses à cœur.

Et puis, il y a ma sœur, Edel. C’est notre mage. Elle est disciplinée, intuitive, patiente et — d’accord, je le concède — tout aussi têtue que moi. Je répète souvent à qui veut l’entendre qu’elle a au moins trente ans d’avance sur moi dans sa tête. Elle passe son temps à réfléchir avant d’agir, ce que je trouve personnellement très surfait, mais il faut avouer qu’elle a un don pour la magie de niveau supérieur.

Pendant nos années d’entraînement, une règle sacrée s’est installée dans ma tête. En tant que grand frère, fort de mes muscles et de ma stature de guerrier, je me suis investi d’une mission : protéger ma « petite » sœur des dangers du monde. Edel prétend que ce sentiment de protection fraternel est royalement inutile dans la pratique. Elle adore rappeler les fois où j’ai hurlé « Je te protège, Edel ! » en trébuchant lamentablement pendant les simulations, m’obligeant à la regarder achever la cible d’un petit sortilège pendant que je ramassais mes dents dans la poussière. Des détails de l’histoire, tout ça.

Quoi qu’il en soit, le jour du grand départ est enfin arrivé. C’est le cœur léger que nous avons fait nos adieux à Herman pour nous enfoncer dans les terres inconnues de Lanoth.

Les Plaines du Sud et la Tour Muette

Notre voyage a commencé par la traversée des plaines, tout au sud, en naviguant entre deux massifs montagneux impressionnants. Notre zone de départ était magnifique, et notre but pour la journée était d’atteindre le village d’Ootoro, sur les conseils d’Herman.

Après à peine deux heures de marche sous un soleil radieux, nous sommes tombés nez à nez avec une structure immense : la tour de pierre de Babelico. Ses parois lisses semblaient défier le ciel. Ni une, ni deux, je me suis jeté sur les lourdes portes pour les pousser de toutes mes forces. Rien n’a bougé. J’ai cherché une serrure partout, mais ces portes en étaient totalement dépourvues. — C’est scellé par la magie, Bast, a soupiré Edel. Arrête de pousser, tu vas te faire une hernie. — Je suis sûr qu’en tapant dessus très fort… j’ai commencé, le visage cramoisi.

Pour calmer mes ardeurs, Edel m’a proposé de fouiller les alentours. Excellente idée ! Cachée dans un renfoncement de la roche, nous avons découvert une petite bourse de toile. À l’intérieur brillaient 10 gelos, la monnaie locale. — Partage équitable ! j’ai crié en bondissant de joie. Cinq pour toi, cinq pour moi ! On reviendra quand je serai assez fort pour enfoncer ce monument !

Riches de notre nouveau trésor, nous avons pris la direction du sud-est à travers les herbes hautes de la savane. L’odeur de l’aventure me chatouillait les narines, et j’étais sincèrement heureux. Le petit bourg d’Ootoro commençait à se dessiner au loin, me promettant une bonne pinte pour la soirée.

C’était sans compter sur notre premier comité d’accueil.

Le Slime et le Croklin : baptême du feu

Un bruit infâme de succion, suivi d’un raclement de griffes sur le sol rocailleux, a brisé instantanément la poésie du paysage. Devant nous a surgi un duo improbable : un Slime, une masse gélatineuse d’un vert fluo peu ragoûtant, et un Croklin, une créature sur deux pattes griffues, affublée de petites cornes et d’une gueule pleine de dents pointues.

Je n’ai pas attendu le signal. — Je te protèèèège ! j’ai hurlé en brandissant ma vieille épée en acier.

Analysant la situation en un éclair, j’ai décrété que le Croklin était le plus féroce des deux. Hors de question de laisser cette chose approcher ma sœur. Je n’ai fait aucune économie : j’y ai jeté toute mon énergie, vidant mes réserves magiques et activant mes talents de guerrier sans compter. Ma lame s’est illuminée d’une aura destructrice et, dans un grand cri de guerre, j’ai découpé proprement la créature en deux, de la tête aux pieds. Un coup parfait.

Le seul problème, c’est la trajectoire des morceaux. La tête du monstre est allée rouler pile sur les chaussures d’Edel, tandis que le reste du corps s’est affalé lourdement sur mes propres bottes, maculant mon armure de sang violacé.

Pendant que je tentais de dégager mes jambes en pestant, le Slime vert avançait vers moi, prêt à me gober. Edel a calmement levé les deux mains. Une étincelle est née entre ses paumes, a gonflé rapidement pour devenir une énorme boule de feu crépitante, qu’elle a projetée sur la masse gélatineuse. Le Slime a explosé dans un bruit de friture, se liquéfiant instantanément sur le sol.

Je l’ai regardée, un bout du bras du Croklin encore coincé dans mon armure. — C’était… notre premier vrai combat, j’ai bafouillé. On a peut-être frappé un peu trop fort, non ? — On apprend, Bast. On apprend, a soupiré Edel en essuyant sa botte sur un brin d’herbe.

Halte à Ootoro et disparition féline

C’est en fin d’après-midi que nous avons enfin franchi le vieux portique en bois marquant l’entrée du charmant village d’Ootoro. L’atmosphère y était nettement plus agréable, emplie de douces odeurs de pain chaud et de fleurs sauvages.

À l’entrée se dressait une auberge doublée d’un service de soins. Contre 1 gelos chacun, une guérisseuse locale a utilisé ses remèdes pour apaiser nos esprits. Ça m’a surtout redonné l’énergie nécessaire pour recharger mes talents magiques que j’avais si joyeusement gaspillés contre le Croklin.

Revigorés, nous sommes partis explorer le village. Près de la place centrale, nous avons fait la rencontre d’Angèle, une villageoise en larmes. Son chat, un certain Moon, avait fugué vers la forêt à l’ouest. Forcément, mon sang de héros n’a fait qu’un tour. J’ai tout de suite imaginé notre gloire en tant que sauveteurs de félins, et nous lui avons promis de faire des appels sonores dès que nous prendrons cette direction.

La forêt faisait de toute façon partie de nos plans. La guérisseuse Soalia nous avait confié une mission cruciale : ramener une fleur de Lator, un ingrédient rare indispensable pour soigner le chef du village, actuellement très malade. D’après les locaux, les anciens du village de Heurtebise, situé tout au nord de cette forêt, étaient les seuls à savoir où la dénicher.

Avant de partir, un détour par l’échoppe du marchand s’imposait. J’ai insisté pour vendre ma vieille épée d’acier. En y ajoutant presque toutes nos économies, je me suis offert une magnifique épée bâtarde, tandis qu’Edel complétait le panier avec une potion de soin et une graine de mana. Nos bourses se sont retrouvées désespérément vides.

En passant devant la taverne du « Poulet Excentrique », je me suis arrêté net devant une affiche annonçant un grand concours de bras de fer. Le prix d’inscription était de 2 gelos. — C’est un complot, j’ai grogné en tapant du poing sur une table. On n’a plus un rond ! Dommage… J’aurais gagné haut la main ! — Bien sûr, Bast. C’est la faute des finances, m’a taquiné Edel, pas du fait que le champion local a des bras de la taille de tes cuisses. En route pour Heurtebise !

La Forêt des Colosses et les ombres de la canopée

Notre voyage vers l’ouest a été rapidement interrompu. Juste avant d’atteindre l’orée des bois, un bruit de succion tristement familier a retenti. Un autre Slime venait bloquer le chemin. Cette fois, hors de question de gaspiller mon mana : un coup d’épée net de ma part et un grand coup de bâton d’Edel ont suffi à régler son compte à la créature. Trop facile.

Puis, nous avons enfin pénétré sous la canopée. C’était une vraie forêt, avec des arbres gigantesques qui dépassent les vingt mètres de haut, plongeant le sous-bois dans une pénombre inquiétante.

L’ambiance s’est détériorée en une fraction de seconde. Un grognement sourd et caverneux a fait vibrer ma cage thoracique : un Ursus, un cousin particulièrement massif de l’ours, venait de sortir des fourrés. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, un bruissement de feuilles au-dessus de nos têtes a révélé une Acarerock, une araignée géante dont le corps et l’abdomen semblaient taillés dans de la pierre brute, grise et tranchante, qui descendait le long d’un tronc.

D’un regard avec Edel, nous nous sommes compris : il fallait concentrer nos efforts sur une seule cible. L’araignée de pierre a été désignée d’office. Dans un élan de bravoure, j’ai décidé de me placer dos au gros ours pour faire barrage et isoler ma sœur du danger.

Le prix du sang et la fuite vers Heurtebise

Voulant abréger le combat, j’ai libéré à nouveau toute la puissance de ma magie. Mon épée bâtarde, guidée par mes arcanes, a fendu l’air et éventré l’abdomen de l’arachnide dans un grand craquement. Malheureusement, la bougresse a tenu bon. Edel s’est précipitée pour l’achever avec son bâton, mais son coup a rebondi mollement sur la carapace minérale. Son arme était décidément trop faible.

La contre-attaque a été immédiate et violente. L’Acarerock blessée a bondi sur moi et a enfoncé ses crocs venimeux directement dans mon avant-bras. — Je… je sens plus ma main ! j’ai crié, le visage blême.

Dans mon dos, l’Ursus a profité de ma distraction pour me percuter avec la force d’un tronc d’arbre en chute libre. L’onde de choc a été si violente que j’ai cru me figer, frôlant la paralysie totale. Par miracle, j’ai gardé l’équilibre. Dans un sursaut de rage et d’adrénaline, j’ai fait tournoyer ma lame et j’ai tranché trois pattes de l’araignée d’un seul coup, la clouant définitivement au sol.

Il ne restait plus que l’ours. Furieuse, Edel a joint ses mains, canalisant sa colère dans une incantation rapide pour jeter une énorme boule de feu en plein sur le torse de l’Ursus. La fourrure s’est enflammée, dégageant une odeur de brûlé insoutenable. Ma sœur était nettement plus efficace avec la magie qu’avec son morceau de bois.

Malheureusement, la douleur n’a fait qu’enrager le monstre. Ignorant les flammes, l’Ursus a chargé sur moi, m’a projeté violemment contre un arbre séculaire et m’a lacéré le ventre de ses griffes acérées. Je me suis effondré, les bras engourdis, incapable de faire le moindre mouvement. Ma vie s’écoulait rapidement.

N’écoutant que mon courage, Edel s’est ruée sur moi et a imposé ses mains sur mes blessures, libérant ses derniers flux de magie curative. C’était d’une justesse effrayante : l’éclat doré du sort a enveloppé mon corps juste avant que je ne sombre. J’ai rouvert les yeux, reprenant un peu d’énergie, mais le timing était catastrophique. L’Ursus est revenu à la charge instantanément, me percutant avec un impact si lourd que mon armure n’a absolument rien amorti. Le choc m’a totalement déstabilisé.

Edel a compris que nous n’aurions pas le dessus cette fois-ci. Rompant sa discipline habituelle, elle m’a agrippé par les courroies de mon armure, m’a tiré vers le haut et a hurlé :

On court, Bast ! On court !

Nous avons dévalé le sentier forestier en direction du village de Heurtebise, priant pour que l’Ursus préfère lécher sa fourrure grillée plutôt que de poursuivre deux aventuriers en morceaux. Heureusement, dans la panique de notre fuite, j’ai tout de même gardé un œil au sol et réussi à ramasser quelques gelos qui traînaient aux débris de l’Acarerock défaite. Une maigre consolation pour notre première journée en forêt…

Le portique de Heurtebise est en vue, mais nous sommes épuisés et blessés. Parviendrons-nous à trouver la fleur de Lator et à soigner nos plaies ? Vous le saurez dans le prochain chapitre !

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