Préambule : Les Règles du Trépas
Mini Rogue n’est pas qu’un simple divertissement de plateau ; c’est une descente aux enfers minimaliste conçue pour 1 à 2 aventuriers. Le défi est de taille : survivre à une progression de 30 minutes de tension pure à travers dix étages de pur sadisme.
Pour espérer atteindre le mythique Sang d’Og, le héros doit s’aventurer dans un labyrinthe où chaque salle peut être la dernière. La structure du donjon est représentée par une grille de 9 cartes (3×3). Dans ces salles obscures, la mécanique est impitoyable : on ne progresse que vers la droite ou vers le bas. Ce choix directionnel permanent force l’aventurier à d’amers dilemmes, l’obligeant souvent à sacrifier des trésors pour éviter des pièges mortels ou des monstres affamés.
Chapitre I : La Quête du Sang et le Pain Rassis
La pluie frappait avec une régularité morne contre les vitres crasseuses de l’auberge du « Dernier Espoir (Avant de Crever) ». À l’intérieur, l’atmosphère changea brutalement quand un émissaire franchit la porte, brandissant un parchemin scellé d’une goutte de rubis sombre. La nouvelle tomba comme un couperet : le Sang d’Og, relique de puissance absolue, venait d’être localisé. La quête était ouverte, mais le contrat stipulait qu’un seul aventurier pourrait tenter sa chance ce soir.
Autour d’une table poisseuse, quatre énergumènes se jaugeaient en silence : le Croisé et son armure rutilante, la Prêtresse et sa masse d’armes, le Mage et son chapeau pointu. Et puis, il y avait elle. Une silhouette drapée dans une cape indigo, aussi silencieuse qu’un courant d’air froid.
Le problème était de taille : comment désigner l’élu sans s’entretuer ? C’est alors que le Mage proposa une technique de désignation ancestrale, issue des contrées de Kaamelott : « La Galette du Destin ».
— « C’est une technique de vieux pros, » expliqua-t-il en sortant un morceau de pain tellement rassis qu’il aurait pu servir de projectile. « C’est pas plus compliqué que le Sloubi, c’est une question de trajectoire et de sens des valeurs. »
Le principe était aussi absurde que sacré : on lançait le quignon vers les poutres. S’il retombait sur la croûte, le plus costaud l’emportait. S’il retombait sur la mie, on comptait les dents de l’assemblée pour éliminer les nombres impairs. Et si le morceau restait coincé là-haut, il fallait entonner un chant de biniou pour « faire descendre la chance ».
Après trois lancers chaotiques, une engueulade monumentale sur la préciosité du pain et un seau d’eau sale reçu de la main de l’aubergiste, le verdict tomba. La Voleuse fut désignée. Le Mage consulta alors ses grimoires pour valider le choix du destin : — « Le nom du jeu est écrit dans les astres : ce sera une aventure de poche, une Mini Rogue. Comme tu es la seule ici à porter ce nom, c’est toi l’Élue. »
La Rogue — car c’était bien ainsi qu’on l’appelait — ne manifesta aucune joie. Elle se contenta d’ajuster sa capuche et de vérifier le tranchant de sa dague. Elle savait que le plus dur restait à faire : l’entrée du donjon n’était pas ici. Elle devait encore affronter la boue et le froid pour une marche de quelques heures vers le Nord, là où l’escalier de pierre s’enfonçait dans les entrailles de la terre.
Sans un regard pour ses compagnons d’infortune, elle poussa la porte de l’auberge et s’évanouit dans la nuit, direction le Donjon d’Og.
Felmira : L’Ombre d’un Doute
Je me réceptionne avec la souplesse d’un félin de l’autre côté du gouffre. Mes bottes ne font qu’un bruit sourd, presque imperceptible, sur la pierre humide. Dans ce labyrinthe où les cartes semblent se distribuer à chaque pas et où le Nord n’existe plus, j’ai compris une chose : ici, les instruments de mesure ne valent rien. Ma seule boussole, c’est mon agilité. C’est elle qui me dit quand bondir, comment incliner mon corps pour épouser le danger et où porter mon poids pour ne pas finir embrochée.
Je redresse ma capuche, une mèche de cheveux sombres s’échappant sur mon visage. L’Intendant m’avait appelée « Numéro 12 » sur son registre de recrutement, comme si j’étais une ressource jetable de plus pour ce donjon. Je murmure mon nom sur le sentier menant à ma destination, comme pour m’assurer que j’existe encore sous cette terre.
— « Felmira… »
Chapitre 2 : Le Poids du Fer et de la Rouille
La pluie et la boue de la surface ne sont déjà plus qu’un lointain souvenir. Me voici enfin devant l’entrée, là où les astres et un quignon de pain rassis m’ont envoyée. La vieille tour en ruine se dresse comme une dent cassée sur le paysage, et à l’intérieur, seule une pièce subsiste, étouffée par des lianes qui semblent vouloir étrangler les murs. Au sol, sous un tapis de feuilles mortes, je repère la trappe. C’est ici que l’aventure « format de poche » commence.
J’allume une torche. La flamme danse, projetant des ombres nerveuses sur les parois alors que je descends les premières marches. Je débouche dans une ancienne petite armurerie, un endroit qui sent la poussière millénaire et le métal froid. Sur un vieux tonneau, une dague attire mon regard. Elle est couverte de rouille, mais quelque chose m’appelle. Dès que mes doigts se referment sur la garde, un frisson me parcourt l’échine. Son équilibre est insensé, presque « pas naturel ». On dirait que la lame n’est pas portée par ma main, mais qu’elle guide mon avant-bras, anticipant mes mouvements avec une précision de prédateur.
Je ne m’attarde pas. Au fond de la pièce, une tenture épaisse cache un passage. Je la soulève, m’attendant à un piège ou un rat géant, et je tombe sur… un marchand. On m’avait prévenue que ce donjon d’Og était unique, mais trouver un type avec son étal au milieu de ce chaos, c’est presque absurde. Sans perdre son flegme, il me propose une potion de vitalité. L’endroit est étrange, la rencontre est surréaliste, mais l’or que je lui donne en échange du flacon est, lui, bien réel. Je range la fiole précieusement : ici, chaque point de vie se négocie au prix fort.
Je poursuis l’exploration. Le labyrinthe commence à se déployer, une succession de couloirs vides où le silence est plus dangereux qu’un cri de guerre. Je sais que ce qui est invisible n’est pas pour autant absent. Mes yeux de voleuse scannent chaque dalle, chaque interstice. Mon instinct ne me trompe pas : sous la poussière, des faux planchers dissimulent des fosses béantes.
Heureusement, mon entraînement a poussé mon agilité bien au-delà de la moyenne. Je prends mon élan, le cœur battant, et je me propulse dans les airs. En dessous, j’aperçois les piques mortels qui n’attendent qu’un faux pas pour mettre fin à ma chronique. Je retombe souplement de l’autre côté, la dague rouillée vibrant contre ma cuisse comme pour saluer ma réussite.
Je me redresse, ajuste ma capuche et regarde vers l’obscurité. Le Sang d’Og est quelque part par là, et je ne fais que commencer ma descente.
Chapitre 3 : De chair et d’éther
Je me croyais sortie d’affaire après ce saut, mais ce donjon ne laisse aucun répit, même aux plus agiles. En me faufilant le long d’une corniche étroite, ma cape indigo s’accroche brutalement dans une anfractuosité du mur. Un craquement sec, et je sens ma besace s’ouvrir : je vois avec horreur deux bouts de fromage et ma dernière tranche de viande séchée tomber dans l’abîme. La viande finit sa course en se plantant net sur une pique, plusieurs mètres plus bas… Belle brochette, vraiment. La plaie. Mes rations viennent de fondre comme neige au soleil, et mon estomac gronde déjà en signe de protestation.
Je peste entre mes dents et continue d’avancer, l’œil aux aguets. Heureusement, la chance tourne un peu : dans une petite niche creusée à même la pierre, je déniche une fiole d’eau bénite. Heureusement que l’étiquette était encore lisible, car dans cette pénombre, j’aurais pu la confondre avec n’importe quel tord-boyaux.
La voûte qui se dresse devant moi s’ouvre sur une salle immense, saturée par une odeur entêtante de champignons et d’humus. Au centre, l’air semble se figer. Une forme éthérée, translucide et menaçante, flotte à quelques centimètres du sol dans une position de défense qui ne laisse aucun doute sur ses intentions.
Le combat est bref mais intense. Ma dague rouillée semble vibrer d’une excitation malsaine au contact de cet être spectral. Portée par une poussée d’adrénaline, je retrouve les mouvements de jambes de mes vingt ans, enchaînant les esquives et les feintes. Quelques coups de lame bien placés plus tard, la créature pousse un gémissement silencieux et disparaît dans un panache de fumée grisâtre.
Je reprends ma progression jusqu’à une nouvelle salle, plus solennelle celle-ci. Une sépulture trône en son centre. Je connais l’adage : « Piller une tombe peut s’avérer à double tranchant ». Je n’ai aucune envie de réveiller un monarque en colère, alors je me contente de ramasser un bout de poisson séché qui traînait là, sans doute une offrande oubliée.
Mais à peine mes doigts ont-ils effleuré ce bout infime de nourriture qu’un fracas de métal déchire le silence. La sortie de la salle se bloque. Devant moi, une silhouette massive se matérialise : un gigantesque guerrier, sanglé dans une armure de jais et armé d’une hache dont le tranchant fait la taille de mon torse… Le Protecteur du Roi. Le véritable gardien de cet étage.
Le combat débute par un balayage dévastateur de sa hache, m’obligeant à une roulade désespérée vers la droite alors que les étincelles jaillissent du sol de pierre.
Suite au chapitre 4…