LIBÉRATION – Chronique d’Uchronie – Épisode 5

1944 : La Libération de Paris

Le soulèvement de la capitale

Après le débarquement, les Alliés sont aux portes de Paris. La Résistance et le peuple parisien prennent les armes contre l’Occupant. Dans les rues, la rage contenue pendant quatre ans explose enfin. Les hommes en bleu de travail et les femmes en simples robes d’été légères s’affairent au milieu de la poussière pour bousculer l’ordre établi. Hitler a donné l’ordre de défendre la ville et de la détruire si nécessaire, en minant les ponts et les différents monuments. Preuve que le Führer préférait voir Paris en cendres plutôt que de la laisser à ses propriétaires légitimes, sans doute par pure jalousie architecturale.

Notre objectif est de libérer Paris en libérant six quartiers autour des Invalides et du Châtelet. Les Allemands vont tout faire pour nous barrer la route : une division blindée se déploie déjà aux portes de la Bastille.

Le saviez-vous ? — Les Alliés et les éclaireurs de l’ombre

Si la division Leclerc et les troupes américaines ont officiellement pénétré dans Paris les 24 et 25 août, des officiers de liaison alliés et des agents du SOE (service secret britannique) s’étaient déjà glissés dans la capitale insurgée plusieurs jours auparavant. Vêtus d’un simple pardessus et d’un feutre mou pour se fondre dans la masse, leur mission était de coordonner les parachutages d’armes et d’évaluer les barricades FFI (forces françaises de l’intérieur) pour guider au mieux les blindés.

C’est le 22 août 1944 que le colonel Rol-Tanguy fait officiellement placarder l’appel historique : « Tous aux barricades ! ». Près de 600 barricades surgissent alors instantanément dans la capitale, bloquant les blindés allemands. Entre le 20 et le 24 août, fort de ses 100 000 hommes, il réussit l’exploit de libérer les neuf dixièmes de Paris avant même l’arrivée des armées régulières.

Mission 1 : Alléger la pression et prendre la préfecture (St Ambroise / Père Lachaise / Châtelet)

Les unités allemandes dévalisent, torturent et volent les commerces dans le quartier Saint-Ambroise au Père Lachaise. Leurs unités blindées terrorisent la population. L’air est lourd, saturé par la fumée des incendies. Heureusement, Edmond Michelet parvient à obtenir une audience avec le commandant Von Scholtz. L’officier supérieur nazi, qui sent le vent tourner et cherche sans doute à s’acheter une conscience (ou un aller simple pour ne pas finir devant un tribunal), feint l’ouverture. Tout en écoutant les doléances de Michelet, Von Scholtz écrase nerveusement une cigarette de tabac gris dans un cendrier, les yeux fuyant vers la fenêtre. Il accepte finalement d’alléger la pression, confirmant son besoin soudain de se faire des amis chez les insurgés.

Du côté du Châtelet, l’Occupant et ses troupes évacuent la zone vers la Butte-aux-Cailles, ce qui fait du Châtelet un quartier déjà libéré. Les premiers cris de joie résonnent, les habitants sortent des bouteilles de vin rouge cachées depuis 1940 pour trinquer à la volée. En réaction, la Wehrmacht envoie immédiatement des renforts à la Butte-aux-Cailles. Visiblement, l’état-major allemand n’avait pas apprécié que les Parisiens fassent la fête sans eux.

Pendant ce temps, Jacques Delmas, alias “Chaban”, rejoint notre groupe au Père Lachaise pour la prise de la préfecture. Un brassard FFI hâtivement noué sur sa veste de costume civile usée, il mène la charge. Avec l’aide du “Pierrot” et de quelques bâtons de dynamite, ils chassent les derniers Allemands. Le bâtiment qui abritait un groupe de gradés est libéré, et l’on évacue promptement les corps des occupants qui avaient eu la mauvaise idée de vouloir résister.

Mission 2 : L’appel à la Grève Générale (Trocadéro / Invalides / Vaugirard)

Avec deux véhicules, Charvet, Simone Ségouin et quelques maquisards se dirigent vers le Trocadéro pour rassembler une foule immense qui attend des directives pour fondre vers le dôme des Invalides. Au même moment, les Allemands sont repoussés au nord de Montmartre. Cette action de grande envergure les déstabilise profondément et nous permet de poursuivre notre avancée sans aucune réaction de leur part.

On en profite pour obliquer au sud vers les Invalides et pénétrer dans l’Imprimerie Nationale. Dans l’atelier qui claque au rythme des rotatives, l’ambiance est survoltée. Un journaliste, une cigarette gauloise au coin des lèvres et les manches de chemise retroussées, relit les épreuves. Avec l’aide d’une personne falsifiant quelques documents officiels et de deux autres alliés anonymes, on imprime 10 000 tracts appelant à la Grève Générale. Le mouvement prend aussitôt une ampleur dramatique pour l’ennemi.

Encore plus au sud, vers Vaugirard, un petit détachement de la Wehrmacht pose problème à une patrouille alliée. Le doute s’installe quelques secondes face à leurs mitrailleuses. Mais avec quelques bâtons d’explosifs et un peu de sueur pour courir et les lancer sur les véhicules, les récalcitrants se retrouvent rapidement au milieu de décombres métalliques. Le petit bataillon anglais, libéré, accepte volontiers de nous rejoindre. Un des soldats britanniques, la capote kaki trempée de sueur, offre une cigarette de sa ration à un maquisard en guise de salut. Avec leur aide, Charvet et Pierrot, appuyés par des tirs bien ajustés, nettoient définitivement Vaugirard des derniers nids allemands.

Mission 3 : La course contre la montre pour la Tour Eiffel (Bercy / Butte-aux-Cailles)

Il reste à effectuer un dernier déplacement pour déloger la Kommandantur de la Butte-aux-Cailles. La rage nous tord le ventre car la Gestapo, dans un sursaut désespéré, arrête Edmond Michelet et envoie ses derniers chars vers les Invalides pour détruire la Tour Eiffel. Deux maquisards se font arrêter dans la foulée aux portes du Luxembourg. Pire encore, les barricades que nous avons érigées au dôme des Invalides viennent de céder : l’ennemi n’est plus qu’à deux heures de la Dame de Fer.

Heureusement, l’hôtel situé au nord du pont de Bercy sert de base à un groupe de gradés allemands. Vingt partisans, dirigés par “Chaban” et la célèbre Simone Ségouin, alias “Nicole Minet”, prennent d’assaut le bâtiment. En voyant débarquer Nicole Minet avec un pistolet-mitrailleur allemand MP40 au poing — ironiquement confisqué à l’un de leurs propres soldats quelques jours plus tôt —, les occupants encerclés comprennent vite que l’heure n’est plus à la rigueur prussienne. Ils se rendent immédiatement, abandonnant sur les tables leurs verres de schnaps à moitié pleins. Nous leur demandons alors d’alerter par radio la colonne de blindés pour les arrêter avant leur arrivée au Champ de Mars, faute de quoi ils seront exécutés.

Le bluff ou la menace fonctionne : les chars stoppent net, coupant court à leurs projets de démolition.

Une liesse folle s’empare enfin des rues. Les embrassades se multiplient sur les pavés, les drapeaux tricolores sortent des fenêtres, et les verres de vin et de limonade se vident dans un vacarme de chants et de rires. Paris est libérée !

Le Saviez-vous ?

L’année 1944 ne marque pas la fin de la guerre. La Russie accusera encore des millions de morts pour arriver à Berlin. De son côté, le gouvernement américain mettra un point d’honneur diplomatique à ne reconnaître le général de Gaulle comme gouverneur provisoire que le 26 août 1944, soit une fois certain que les Français avaient bien repris les clés de chez eux.

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