Les Chroniques du Sulk : Épisode 5 – L’Art de la Poussée (et du Vol Plané)
1. En route vers les cimes : Trois nuances de gris (et de bleu)
« On a quitté Dédale avec plus de cicatrices que de pièces d’or, direction l’Est. Les montagnes se profilent à l’horizon, froides et massives, abritant l’une des trois arènes où l’on doit prouver qu’on n’est pas juste bons à rater des meubles.
On forme un sacré trio, même si l’équipe a une allure… hétéroclite. À ma gauche, Wallen , toujours impeccable dans sa robe, qui s’avère être notre assurance-vie. Sans sa magie de soin pour recoudre mes boyaux après chaque rencontre, je serais déjà en train de fertiliser les routes de Malhya.
Et puis il y a l’Ur-Berg. Bon, entre nous, il n’est pas encore tout à fait « présentable ». Ses habits (ou plutôt sa peinture) ne sont pas encore prêts, et il traîne toujours cette dégaine de statue de jardin en gris plastique. Mais ne vous y trompez pas : sous cette couche de primaire, c’est du solide. À nous trois, on a de quoi faire réfléchir n’importe quel monstre, ou presque. »
2. L’Aubaine de la fin du jour
« Le soir du deuxième jour, alors que mes pieds commençaient à protester plus fort que mon estomac, on tombe sur une auberge. Une vraie aubaine, pensions-nous.
On pousse la porte en rêvant de malt et de ragoût, mais l’ambiance est… électrique. La salle est bondée d’aventuriers déjà bien éméchés. À peine le temps de poser mon sac qu’une bande de joyeux drilles nous prend à partie. Ils veulent en découdre « gentiment » pour passer le temps. »
3. Le Carré de la Mort (ou des Chaises mal rangées)
« Avant que j’aie pu dire « une pinte », ils installent un périmètre de jeu au milieu de la salle, délimité par des tables et des chaises. La règle ? Simple, comme je les aime : tout le monde reste dans le cercle (enfin, le carré, vu la gueule des tables). Le premier qui sort a perdu.
- Le mécanisme de groupe : On a dû se serrer les coudes. Wallen balançait des ondes de choc magiques pendant que l’Ur-Berg, malgré son manque de couleurs, chargeait comme un bélier de siège.
- Le résultat : Mes compagnons ont fait un carnage. Ils ont poussé, bousculé et éjecté tout ce qui portait une armure en dehors du périmètre.
- Ma performance (très personnelle) : Moi ? Disons que j’ai fini par illustrer la théorie de la gravité. Alors que mes amis brillaient, j’ai fini éparpillé au milieu de trois chaises qui, je le maintiens, étaient très mal rangées. »
4. Le Bilan (et quelques bleus de plus)
« On a gagné le droit de rester à l’intérieur, mais j’ai plus de marques de dossiers de chaises sur le dos que de trophées à la ceinture. C’est ça, la vie de Sulk : on gagne en équipe, mais c’est souvent moi qui goûte le vernis du plancher. »
« Bon, on a survécu à la bagarre de taverne, mais les montagnes nous attendent et l’arène ne sera pas faite de chaises en sapin.
Les Chroniques du Sulk : Épisode 6 – Porteur d’eau, une vocation (ou pas)
1. Le Cirque de Calcaire : Entre sable et marchands
« On y est. Après avoir mangé de la poussière pendant des jours, on a enfin atteint ce fameux plateau rocheux. Le lieu est spectaculaire : une gorge de calcaire blanc, encaissée, qui débouche sur un cirque naturel. Au centre, l’arène de tournoi trône fièrement, entourée d’un chaos de tentes colorées où des marchands essaient de vous vendre tout et n’importe quoi, de l’épée en mousse au ragoût de rat épicé.
L’ambiance est survoltée, mais l’épreuve qui nous attend est… comment dire… inattendue. »
2. L’Épreuve : Hydratation sous haute tension
« On s’attendait à un duel à mort ou à une chasse aux monstres. Les organisateurs, dans leur grande sagesse (ou leur sadisme), ont opté pour un parcours de porteur d’eau. Oui, vous avez bien lu. Des aventuriers aguerris transformés en livreurs de jarres.
Le but ? Traverser une zone infestée de « protagonistes mal aimables » dont l’unique mission est de vous faire renverser votre précieuse cargaison. Et avec le prix de l’eau dans ce désert de cailloux, c’est presque un crime de lèse-majesté. »
3. La Tactique du Bouclier Humain
« Le plan était limpide : j’étais le porteur. Pourquoi moi ? Parce que je suis le plus habile, évidemment (ou le seul assez fou pour porter un vase en terre cuite pendant que des brutes me visent).
- Mes Gardes du Corps : L’Ur-Berg et Wallen ont pris leur rôle très à cœur. Ils m’ont servi de gardes rapprochés, ou plutôt de boucliers humains. On a rasé les murs pour utiliser le calcaire comme protection naturelle, Wallen surveillant mes arrières avec sa magie et l’Ur-Berg faisant barrage de son corps encore un peu « grisâtre ».
- L’Ambiance : En guise de musique de fond, on avait le bruit des embûches et les encouragements… enfin, les jets de pierres des spectateurs. Parce que, visiblement, des adversaires enragés, ce n’était pas suffisant pour le spectacle. »
4. La Victoire (et un fond de cuve)
« On a mangé des coups, on a évité des cailloux, mais grâce à la protection sans faille de mes deux acolytes, je suis arrivé au bout. J’ai vidé le contenu de ma jarre dans le réservoir final sous les yeux déçus de ceux qui pariaient sur ma chute.
On a réussi. On est passés de « clowns des chaises » à « héros de la jarre ». C’est un métier, je vous dis. »
5. Le Débrief du Sulk
« J’ai peut-être les bras en compote et quelques nouveaux bleus offerts par le public, mais l’eau est arrivée à bon port. C’est ça, la force du trio : deux qui encaissent, et un qui porte la flotte (et la gloire). »
Alors, les parieurs de l’arène :
- Est-ce que vous auriez misé une pièce sur le Sulk avec une jarre en équilibre, ou vous faisiez partie de ceux qui lançaient des pierres ?
Selon vous, est-ce que l’Ur-Berg mérite enfin une couche de peinture pour sa prestation de bouclier humain, ou le gris « poussière de calcaire » est sa nouvelle couleur officielle ?
Mais ne rangez pas trop vite vos gourdes : ce n’était que le premier acte, et deux autres tournois nous attendent encore au tournant. Pour couronner le tout, le ciel vient de se déchirer et la pluie commence à cingler le calcaire, transformant déjà notre route en un bourbier infâme qui promet de rendre la suite du voyage bien plus pénible que prévu.
Les Chroniques du Sulk : Épisode 7 – De la Chenille au Charnier (ou l’art de grimper pour des prunes)
1. Le bivouac : « C’est chaud, ça brille, et ça vient d’un insecte »
« La pluie a fini par avoir raison de nos dernières fibres sèches. On a dû s’abriter en catastrophe dans des ruines qui ont connu des jours meilleurs, probablement avant que les dragons ne soient à la mode.
Pour le feu, oubliez le bois mort trempé. On a dégoté une chenille incandescente. Il a suffi de lui presser un peu l’abdomen — une manipulation qui demande de ne pas être trop regardant sur l’hygiène — pour en extraire un suc qui brûle avec une ardeur réjouissante. La nuit a été calme, reposante, presque trop belle pour être honnête. On aurait pu se contenter de ce ciel bleu et de la température clémente au réveil, mais c’est à ce moment-là que les ennuis ont pointé le bout de leur nez. »
2. L’Escarmouche des Brumes : « Deux de perdus, six de retrouvés (en fuite) »
« Six bandits. Certainement attirés par la fumée de notre feu de camp. Ils devaient penser qu’un trio de baroudeurs au réveil serait une proie facile.
- Le combat : Court, brutal, efficace. On n’a pas fait de fioritures.
- Le résultat : On a blessé les deux premiers qui passaient à portée de hache et de sortilège, et le reste de la bande a dévalé la pente comme si un démon leur bottait le train.
- L’aubaine : Dans leur fuite, un pillard a abandonné un sac. Résultat des courses : 5 pièces d’or, quelques plantes jaunes pour la besace de Wallen, et 3 bandages. Vu l’état de mes vertèbres, les bandages, c’est de l’or en barre. »
3. L’Ancien Pendu : « Grimpe, Sulk, grimpe ! »
« La progression dans les collines nous a scié les pattes, alors on a visé la route des crêtes. À la mi-journée, au détour d’un défilé rocheux, on lève les yeux : un « Ancien » était là, pendu par les pieds en équilibre instable, à agoniser la tête en bas.
Il a fallu grimper. L’Ur-Berg, avec son physique élancé est arrivé en haut le premier. Wallen a tenté de suivre, mais elle a fini par jurer comme un charretier après s’être écorché les mains et avoir déchiré sa belle robe dorée. Elle est redescendue en boudant.
Finalement, l’Ur-Berg m’a tendu une main solide pour franchir le dernier mètre. À deux, on a soulevé le vieux pour dégager son pied de la roche. Sa gratitude ? Un grognement à peine audible. Mais il nous a indiqué un sentier dérobé, un raccourci salvateur pour rejoindre notre destination. C’est sa façon à lui de dire merci, j’imagine. »
4. Le Charnier et l’Auberge : « Le repos après l’horreur »
« Le sentier était plus facile, certes, mais il traversait un immense charnier. Une douzaine de corps de soldats gisaient là, rappelant que Malhya n’est pas une promenade de santé. On a pressé le pas, l’odeur de la mort collant à nos capes.
La journée s’est terminée dans une clairière dominée par une imposante construction en bois de deux étages, entourée d’un fossé protecteur. Une véritable fourmilière :
- Le commerce : Des tentes partout, des marchands qui hurlent pour vendre de tout.
- Le réconfort : Une auberge digne de ce nom nous attendait pour la suite des épreuves.
On va pouvoir vider nos bourses (ou les remplir), soigner nos plaies et, avec un peu de chance, trouver un plat qui ne contient pas de chenille. »
Épisode 8 : Serrures récalcitrantes, griffes et tyrolienne (ou pourquoi je déteste l’eau)
1. Le Top départ : « À la nage ? Et puis quoi encore ? »
« Réunion au sommet devant les douves. Le programme est simple, du genre qu’on lit sur un dépliant touristique pour aventuriers suicidaires : traverser la flotte (ou le pont), forcer l’entrée du fort, infiltrer le bâtiment, trouver le cimetière, ressortir par l’arrière et, cerise sur le gâteau de souffrance, faire le meilleur chrono.
La première équipe est partie. On a entendu quelques cris stridents venant de l’intérieur, puis le silence. Le genre de silence qui veut dire soit « on a gagné », soit « on s’est fait dévorer les intestins ». Pour nous, le choix est vite fait : pas question de nager dans cette eau vaseuse. L’eau, c’est bon pour les poissons et pour diluer le vin, pas pour mes bottes. Ce sera le pont. »
2. L’art de la finesse (version Ur-Berg)
« Arrivés devant la porte au bout du pont : verrouillée. « Laisse faire le pro », que je leur dis. Je sors mes outils.
- Tentative 1 : Un petit « crac », un jeu de clés brisé.
- Tentative 2 : Un deuxième « crac », un autre jeu de clés en moins.
J’allais en sortir un troisième quand l’Ur-Berg, avec la patience d’un volcan, a décidé que la serrure était superflue. Il a chargé la porte. Disons que la méthode « épaule contre bois » a été nettement plus convaincante que la mienne. On est entrés. »
3. Boucherie au Laboratoire : « Le mode infiltration a ses limites »
« Une cour, un escalier, un couloir, et on tombe sur le comité d’accueil : sept Zouls. Ces trucs sont morts et vivants à la fois, avec des griffes qui pourraient ouvrir une boîte de conserve à distance.
On a joué la carte de la discrétion. Une flèche de précision bien sentie a couché le premier sans qu’il ait le temps de dire « cerveau ». On a glissé vers un couloir au nord pour les contourner, mais l’Ur-Berg — encore lui — en a éliminé un un peu trop bruyamment. L’alerte est donnée.
Le combat a tourné au vinaigre. La Wallen s’est effondrée dans une mare de sang, déchiquetée par ces horreurs. On a fini le travail à deux, mais je ne donnerais pas cher de notre peau : on a des entailles si profondes qu’on pourrait y ranger nos pièces d’or. On a dû fouiller la mage pour lui administrer une potion de soin. Elle respire, mais elle tient debout par miracle. »
4. La sortie de secours : « Sensations fortes garanties »
« On n’a pas traîné. Un escalier, une trappe défoncée au plafond, et nous voilà sur le toit, les poumons brûlants. Problème : Il n’y a qu’une seule issue. Solution : Une tyrolienne.
Oui, une tyrolienne. Parce qu’après s’être fait charcuter par des morts-vivants, quoi de mieux que de se jeter dans le vide pour atterrir dans un cimetière ? Si c’est ça la vie d’aventurier, je vais finir par regretter mes soirées au coin du feu à ranger des jetons en plastique. »
À suivre dans l’épisode 9 : > « L’atterrissage (probablement peu gracieux) dans le cimetière, les premiers instructeurs qui vont nous regarder de haut, un voyage en bateau — encore de l’eau, génial — et des épreuves impliquant des félins et des géants. Bref, tout sauf la retraite paisible que j’avais imaginée. »